Dressage d’un débutant #1 : l’impatience d’avant session

Sommaire du récit 

Difficile de dire quand a eu lieu le premier mouvement d’une histoire, le point décisif à partir duquel il ne faut rien omettre pour la bonne compréhension des événements. Je devrais peut-être commencer par une confession, un aveu qui ne surprendrait qu’à moitié mes proches et que vous connaissez déjà si vous suivez mon blog. Tout le monde a certes ses petits secrets mais moi c’est tout un pan de ma vie que je dissimule. J’alterne mon temps entre le rôle d’une jeune étudiante studieuse et celui d’une dominatrice. Un qualificatif que je n’aime pas, il est trop souvent associé dans l’imaginaire collectif à des clichés dans lesquels je ne me reconnais pas. Je ne veux pas que vous m’imaginiez comme une femme vulgaire, brutale et inutilement provocatrice, vêtue de cuir si l’on peut appeler ça être habillée. C’est un stéréotype grossier et, à part quelques dominatrices fétichistes, nous ne ressemblons en rien à ce personnage de films pour adultes. Le grand public aimerait nous avilir en nous faisant ressembler à des salopes cruelles. J’admets cependant qu’il y a probablement plus de vrai que je ne le voudrais. Je reconnais que je suis une sadique, je prends plaisir à faire du mal, je n’ai aucun remord à infliger de la souffrance, s’en est même compulsif. Si je l’assumais au grand jour je passerais pour une folle tout autant que je fascinerais. J’aimerais pouvoir dire que je sais me contrôler, que je suis toujours juste dans mes pratiques, mais ça serait me moquer du monde. J’ai mes moments d’égarement. Je pense que pour commencer l’histoire qui nous intéresse aujourd’hui je vais remonter dans le temps pour inclure un de ces instants. Si je veux être réellement honnête je dois revenir au matin du jour de ma première rencontre avec ce nouveau soumis. Un matin qui aurait pu ressembler à beaucoup d’autres. Je me regardais machinalement dans le miroir en pied de ma chambre. Je sais que je ne vais pas vous faire fantasmer, je ne portais rien de sexy. Juste des vêtements de sport, un pantalon de yoga, un sweat à capuche ouvert sur un débardeur. Comme tous les matins je débutais ma journée par un peu de yoga/méditation pour garder la ligne mais aussi pour me rendre plus sereine. Il faut dire que ce jour-là j’en avais sérieusement besoin, plus que d’habitude. J’avais une forte envie de bouger, de me dépenser. Je pensais sérieusement aller en boite pour finir la journée et expulser ce trop plein d’énergie. J’aurais surtout dû le faire le soir précédent pour m’épuiser un peu de manière préventive. J’étais excitée comme une adolescente qui a un rencard, c’était un peu le cas d’ailleurs. Pour moi être une dominatrice est très loin d’être une corvée, c’est une passion dévorante mais je devais garder en tête que l’impatience est mauvaise conseillère. Il est difficile de décrire ce que je ressentais. Cela faisait des semaines que je révisais pour mes examens, j’avais dû mettre toutes mes envies de côté. Elles étaient restées calmes mais n’avaient pas disparues pour autant. Elles avaient attendu leur moment, patientant sagement dans un coin et désormais elles revenaient en force. J’ai essayé de me reprendre, une grande fille comme moi devait savoir se contrôler, surtout lorsqu’elle allait avoir autant de pouvoir sur un homme. Ce jour-là je n’allais pas être une inoffensive petite étudiante studieuse, j’allais être dans mon autre rôle de prédilection, le rôle d’une dominatrice toute puissante et sans pitié. Je ne pouvais pas me permettre d’avoir des pulsions aussi fortes, je devais garder la tête froide. Cela faisait des semaines que je pensais à cette journée, prenant des notes sur les supplices que je pourrais lui infliger, j’avais tout planifié et il ne fallait pas que je gâche ce travail. Je commençais à ne plus pouvoir me tenir, j’avais envie de faire du mal, de ressentir le pouvoir absolu entre mes mains. J’ai basculé en arrière pour me laisser tomber sur le lit, serrant les genoux et essayant de me reprendre pour bloquer cette envie de trépigner. J’ai donné des coups de pieds dans le matelas pour évacuer toute cette attente. Ça n’allait pas suffire à calmer ma frustration. Pour tenter une autre approche je me suis mise en tailleur sur mon lit, la méditation m’aide parfois. Je me suis vite rendue à l’évidence, c’était peine perdue, mon cerveau tournait à plein régime, impossible de trouver la moindre sérénité intérieure. J’ai re-basculé nerveusement vers l’arrière en m’étendant de tout mon long, me mettant la tête sous un coussin pour étouffer mes grognements. Après quelques minutes j’ai pris une profonde inspiration avant de me relever, j’avais tout pleins d’images en tête il fallait que je trouve un moyen de me calmer.
Pendant que je me m’occupais l’esprit en me préparant mon esclave domestique m’a apporté mon thé matinal. D’ailleurs je ne vous ai probablement pas encore parlé de lui, j’ai à disposition un esclave dans l’intimité du quotidien. Je vis très bien d’être traitée en princesse et lui se sent utile, une symbiose tout ce qu’il y a de plus fonctionnelle. Cela peut sembler surréaliste mais c’est banal chez moi. Il ne s’agit pas de comprendre ses motivations ou de le juger, il est libre de ses choix et il a fait celui de me servir, acceptez le. Il ne faudrait pas avoir peur de ce que l’on ne comprend pas. Je suis en train d’hésiter à vous donner son nom, mérite-il vraiment d’être nommé ? Aurait-il envie de l’être ? Après tout ce n’est pas de ma relation avec lui dont je veux parler ici. Je crois que je ne vais en faire qu’un figurant, une silhouette dans l’arrière plan. Une humiliation gratuite mais qui me paraît cohérente avec ses envies.
– Puis-je déposer votre thé sur la commode, maitresse.
Je lui ai répondu sans un regard.
– Vas-y.
– Merci, maitresse.
Il a posé la tasse précautionneusement. Qu’est-ce que je n’aurai pas donné pour qu’il fasse une erreur qui aurait justifié une punition. Je me suis levée, la méditation n’avait pas marché peut-être que quelques étirements allaient être plus productifs. Au pire cela entretiendrait ma souplesse. Quand on a une activité comme la mienne il faut savoir garder la ligne et être bien dans son corps. Pour être fascinante, intimidante il faut avoir une présence, une confiance en soi supérieure à celle que peut avoir notre victime. Cela demande du travail. C’est pour cela que je pratique la danse et d’autres disciplines centrées sur la maitrise de ses gestes.
– Tout est prêt au sous-sol, maitresse.
J’ai répondu machinalement, encore à moitié dans mes pensées.
– Dans ton propre intérêt je l’espère, sinon tu y passeras aussi.
Menace un peu inutile qui aurait même pu avoir l’effet inverse, un esclave a parfois envie d’aller faire un tour en salle de punition, pas la peine de l’inciter à mal travailler. D’un geste machinal de la main je lui ai fait signe de sortir, j’avais besoin d’un peu de calme pour me canaliser. La domination c’est avoir le contrôle du soumis mais aussi de soi-même. De la maitrise en toute chose. Il fallait que je redevienne l’Émilie froide, calculatrice et méthodique que je suis habituellement. Il allait sortir quand je l’ai rappelé en claquant des doigts.
– À genoux, ici.
J’allais le faire rester à côté de moi pendant ma séance de yoga. Il était contraint de porter une cage de chasteté le privant de prise de plaisir depuis des semaines. La moindre excitation comprimait son sexe d’une manière que j’espérais la plus douloureuse possible. Mes fantasmes me faisaient bouillir intérieurement et je n’avais pas envie d’être la seule à souffrir. C’était totalement gratuit comme supplice mais j’espérais que ça me soulagerait un peu. Je savais pertinemment que j’allais le tourmenter en le forçant à me regarder alors que je portais des vêtements moulants. Il faut dire que les pantalons de yoga en lycra ne sont peut-être pas très tendances mais ils épousent parfaitement les courbes d’une femme et dans cette situation c’était un sacré avantage. Ils rendent les hommes dingues surtout lorsqu’ils sont associés à certaines positions nécessaires aux exercices. Ce sont de puissants stimulateurs pour la libido masculine et je n’allais pas me priver de les utiliser. Il ne faudrait pas se focaliser sur l’aspect négatif du supplice, c’était aussi bénéfique pour lui. La chasteté forcée sans stimulation n’est pas intéressante. Je ne nie pas qu’il y avait une part de sadisme mais le BDSM est une relation où chacun des partenaires doit trouver son compte. Il se mettait à l’épreuve comme il l’aimait, les soumis sont à la recherche de challenge, ils ne sont pas des faibles. De mon côté je prenais plaisir à le voir souffrir. Une belle complémentarité. Ne vous méprenez pas, je savais que c’était idiot, je n’allais pas calmer mes envies en infligeant un petit supplice mais c’était compulsif, il fallait que je le fasse. C’était comme tenter de calmer sa faim en regardant un buffet.
Habituellement je garde les yeux fermés pendant mes exercices, pour éviter les distractions, mais cette fois-ci je n’ai pas pu m’empêcher de lancer un regard pour vérifier que mon supplice faisait son effet. C’était le cas, la gêne qu’il ressentait était clairement visible sur son visage, un spectacle plaisant de mon point de vue. J’ai eu des frissons en regardant ses yeux, toute cette envie contenue, la supplique inconsciente pour la permission d’une libération. Cette sensation de pouvoir est merveilleuse, une vraie drogue. Je lui ai lancé un regard non-équivoque, il pouvait toujours attendre ma permission elle ne viendrait pas, il n’aurait pas droit à une récompense tant que je ne serais pas satisfaite et c’était une mission impossible. C’est tellement excitant de priver un être humain de plaisir et de le voir s’écraser sous mon autorité, c’est une sensation si puissante. J’aime être celle qui dit oui ou non. Il souffrait mais tentait maladroitement de se contenir, il ne voulait pas extérioriser son malaise par respect envers moi, pour ne pas contester indirectement ma décision. Je suis peut-être trop optimiste, il avait probablement davantage peur des conséquences d’avoir fantasmé sur mon corps, chose que j’interdis absolument. Être intouchable me rend d’autant plus désirable et le désir rend les hommes dociles. Même dans sa tête il ne devait pas me manquer de respect. Au moindre doute de ma part il savait que je l’aurai pris en grippe pendant des semaines. J’ai un don pour voir les mensonges dans les yeux des gens, c’est très pratique. J’ai refermé les yeux. J’essayais de penser à autre chose, de laisser divaguer mon esprit. J’ai buté sur un souvenir, une scène d’une série télé qui m’est revenue en tête, un des premiers épisodes de la saison 1 de Rome. À un moment une des maitresses de César à besoin de se défouler et fouette un de ses esclaves. À la fin il lui demande poliment si elle a fini et s’il peut aller ranger le fouet. Je ne sais pas si je suis la seule que cette scène à faire sourire et m’a fait regretter que l’évolution nous ait fait perdre cette pratique. Des fois la mémoire nous renvoie des choses que l’on pensait ne pas avoir stocké. C’était très à propos, mon inconscient me fournissait une solution à mon problème. Après tout pourquoi pas me défouler sur mon esclave domestique, cela faisait partie de ses attributions. Je n’aime pas punir sans raison mais j’allais peut-être faire une exception.

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